Mercredi 9 juillet 2008
3
09
/07
/2008
07:00
De temps à autre je suis pris d'une révolte soudaine contre un thème aléatoire : aujourdhui, l'excision.
L'ex-mannequin Katoucha s'était beaucoup investie dans ce combat. Excisée à l'âge de neuf ans, cela ne l'empêcha pas plus tard de devenir l'égérie de grands couturiers comme Yves-Saint-Laurent.
Elle utilisa ce tremplin, ou plutôt ce podium, pour se faire la voix d'une lutte contre la tradition.
Elle publia fin 2007 sa biographie dans laquelle elle relatait cette douloureuse épreuve. Elle est malheureusement morte trop tôt, des oreilles sourdes comme les miennes commençaient à peine à
entendre ces femmes encore trop peu nombreuses à se dresser contre l'excision.
J'espère que d'autres "
princesses peules"
reprendront le flambeau.
PS : remarquez au passage l'ironie de mon titre, utilisant à dessein le mot "Ensemble", si souvent utilisé ces derniers temps pour fédérer autour de
tout et rien, permettant par exemple d'être "solidaires" sans avoir à s'investir personnellement.
Eric Hazan a publié un ouvrage assez instructif aux éditions
Raisons d'agir, "
LQR : La propagande du quotidien" (2006),
dans lequel il décortique l'évolution de la sémantique au cours de la cinquième république (d'où LQR : Lingua Quintae Respublicae). Si on déplorera une sérieuse absence de contre-arguments et de
neutralité dans son raisonnement, quelques bonnes analyses sont à garder : le thème des "exclus", par exemple.
Aujourd'hui on peut tous être "solidaires" avec les exclus, étant donné que personne n'est montré du doigt dans cette lutte : "Le remplacement des exploités par les exclus est une excellente
opération pour les tenants de la pacification consensuelle, car il n'existe pas d'
exclueurs identifiables [...]. Le modèle d'exclusion permet de désigner une négativité sans passer par
l'accusation. Les exclus ne sont les victimes de personne, même si leur appartenance à une commune humanité exige que leurs souffrances soient prises en compte et qu'ils soient secourus, notamment
par l'Etat".
Les Exclus sont "défini[s] d'abord par le fait d'être
sans: sans parole, sans domicile, sans papiers, sans travail, sans droits" (Luc Boltanski et Eve Chiapello,
Le Nouvel Esprit du
Capitalisme, Gallimard, 1999, p.426).
En tout cas, des combats comme celui de l'excision semblent être
sans fin.